
NOV 12 | 10:00 AM

All auctions / Postcards & Stamps / NERUDA (Pablo), 1904-1973.


Exceptionnel ensemble de correspondance de Pablo Neruda et son épouse Delia del Carril adressée au poète Jean Marcenac, documentant presque au jour le jour la genèse des "Vers du capitaine" et la liaison encore clandestine de Pablo Neruda avec Matilde Urrutia. Au début de 1952, Neruda vit une situation sentimentale complexe. Sa relation avec Matilde Urrutia, commencée quelques années auparavant, demeure secrète, tandis qu'il est toujours lié à Delia del Carril "La Hormiguita", sa compagne depuis les années 1930. Le 18 janvier 1952, Delia quitte Neruda pour entreprendre un long voyage vers Göteborg puis Buenos Aires ; ce même jour, Neruda gagne Capri, où Matilde Urrutia le rejoint et partage son séjour clandestin. Ils y vivent notamment à la Casa di Arturo, Via Tragara, avant de s'installer Via Li Campi. C'est précisément à Capri que prend forme "Los versos del Capitán", recueil amoureux inspiré par Matilde et dont la première édition paraîtra anonymement à Naples en juillet 1952. Afin de préserver le secret de leur liaison, Neruda et Matilde élaborent autour du livre une véritable fiction : lui est "le Capitaine", elle "Rosario" ou "Rosario de la Cerda". Dans cette correspondance, les signatures passent ainsi en quelques mois de "Pablo et Fourmi" à "Pablo et Rosario". - [C.P.A.S. "Pablo et Fourmi", du Transsibérien, septembre 1951], à Jean Marcenac. Depuis le Transsibérien "(qui bouge)", Neruda évoque les steppes "de couleur orange" et "devant nous, la grande Chine", avant cette conclusion : "Et le livre ? Vous aiment Pablo et Fourmi". - C.P.A.S., [Italie], 18 janvier 1952, à Jean Marcenac : "Monsieur, quand ? mais quand ? irez-vous [?] la lune ? Pablo". La carte postale représente une ancienne gravure de diligence, Neruda y a malicieusement ajouté les initiales P.N. fléchées vers un cheval, L.A. vers le cocher, J.M. vers un passager et "Les [dessin d'œil] de E." vers les passagères avant de la diligence. Elle est également signée de Delia, leur ami le peintre sicilien Renato Guttuso et son épouse "Mimise". - C.P.A.S., [Naples, sd, cachet illisible], à Jean Marcenac "et Dédé adorée" à l'encre verte et bleu nuit : "Amori / Pablo", avec un mot signé à l'encre verte de Delia "Amori Amori aussi", avec un dessin de poisson à l'encre, et les signatures de Fulvia Trozzi, Guttuso, Piera Guarino, Sara [?], etc. La carte postale du Grande Ristorante Renzo & Lucia à Naples représente 3 personnages sur une terrasse contemplant le Vésuve. Pablo y a noté à l'encre verte les noms de Pablo et Hormiga et "Blonde dangereuse", en détaillant les plats servis à table et en précisant avec une flèche "Vesuvio portable". - L.A.S. "Pablo", 22 janvier 1952, Capri, 2 pp. grand in-4, à Jean Marcenac, à l'encre verte. Neruda annonce : "je suis à Capri depuis quatre jours, je suis tranquille et heureux [...] Il y a eu de grandes batailles pour moi, les Italiens sont grands [...] ", avant d'interroger immédiatement Marcenac : "qu'est-ce qu'il y a avec Los versos del Capitán ? Tu as fait quelque chose ?" Il révèle surtout que le recueil vient de s'enrichir : "On a découvert encore des papiers du Capitan, c'est pas mal, 9 ou 10 poèmes que tu dois connaître", précisant qu'ils ne sont pas encore établis à la machine. Neruda pousse alors très loin le jeu destiné à dissimuler l'origine des textes : "C'est ce que me di[t] Mme Rosario que je vois très souvent ici." Cette "Madame Rosario" n'est autre que Matilde Urrutia, qui l'a rejoint à Capri, et qui prendra le nom de "Rosario de la Cerda" dans la fiction entourant la publication du recueil. Dans la même lettre, Neruda évoque le voyage de Delia : "La Fourmi voyage vers le grand nord. Gottemburg. Elle prendra un piroscafo [paquebot en italien] qui l'amènera à Buenos Aires où je la rejoindrai en avril." La lettre fait ainsi coexister de manière saisissante "Fourmi"/Delia, partie quelques jours auparavant vers le nord, et "Rosario"/Matilde, présente auprès de lui à Capri. Avec une enveloppe tapuscrite non affranchie. - L.A.S. "Pablo", Capri, 24 janvier 1952, 1 p. in-folio à l'encre violette sur papier à lettre illustré d'un motif asiatique, Neruda réclame à Marcenac des nouvelles de l'entreprise : "Dis-moi sur le livre, sur ton beau prologue (fini ?) et la sélection et les papiers du Capitan." Il évoque un séjour chez Paul à Saint Tropez au printemps. Le caractère clandestin du séjour est encore souligné par les précautions prises autour de son adresse in fine : "Casa di Arturo, Via Tragara, Capri. Non communicable à personne." - L.A.S. "Delia", 24 janvier 1952, Copenhague, 4 pp. in-12, avec enveloppe, à Jean Marcenac. Le même jour, Delia écrit depuis Copenhague. Elle vient d'Italie et poursuit vers Göteborg pour y prendre le bateau qui doit la conduire en Amérique du Sud : son récit correspond exactement au voyage de "la Fourmi" décrit deux jours auparavant par Neruda. La lettre est remarquable par la sollicitude que Delia continue de manifester envers le poète et son œuvre. Elle espère que son voyage pourra contribuer à "ouvrir la porte magique qui cache le Chili pour Pablo", alors en exil, et s'occupe minutieusement de la traduction et de la publication du "Canto General", notamment du "Grand Océan". Elle exhorte Marcenac : "N'abandonne pas Pablo." Sa conclusion, à l'attention de son amie André Marcenac, donne une dimension particulièrement poignante à la confrontation des deux correspondances : "Dédé, aide-moi. J'ai mon cœur en compote et l'idée que Pablo peut dans mon absence avoir ce qu'il a eu en Suisse me fait pleurer éperdument." Tandis que Delia voyage et continue de veiller à la carrière de Neruda, celui-ci vit à Capri avec Matilde et travaille aux poèmes inspirés par leur amour. - L.A.S. "Pablo", 8 février 1952, Capri, 2 pp. grand in-4 à l'encre verte avec post scriptum à l'encre violette. Avec enveloppe. Lettre méthodique divisée en 4 points : 1/ il est déçu des exemplaires reçus du "II Ch. G." [second tome du Chant Général] 2/ il abandonne le séjour prévu à Saint Tropez 3/demande la coupure de son article car il ne reçoit rien ici, "vois les traductions de Carmen, n'oublie pas celles de Greta Knutsen" 4/Neruda consacre cette fois un paragraphe explicitement intitulé "Le Capitaine" au projet. Il autorise Marcenac à utiliser une lettre dans son travail : "Tu peux supprimer de la lettre ce que tu veux en la citant dans ton prologue mais il faut quelques documents probatoires". La suite révèle son inquiétude devant les indiscrétions susceptibles de compromettre le secret : "Pourquoi Paul et Dominique sont-ils muets ? Tu me dis qu'il y a ici des gens qui savent. Qui sont-ils ? Réponds-moi ça tout de suite, c'est très important, ce n'est pas toi qui as bavardé, mon cher ?" , puis annonce : "Il y a d'autres poèmes." et termine ainsi : "As-tu reçu la 'Lettre en el camino' ? Je te l'ai envoyé de Suisse." - L.A.S. "Delia", 20 février 1952, 2 pp. grand in-4, [à Jean Marcenac] sur papier à en-tête de la Johnson Line, Sweden. Delia donne ici la clef chronologique de toute la séquence : "J'ai quitté Pablo le 18 janvier". Cette indication concorde exactement avec la lettre du 22 janvier dans laquelle Neruda disait être arrivé à Capri "depuis quatre jours". Delia demeure entièrement mobilisée par la diffusion internationale de l'œuvre de Neruda. Elle demande notamment l'envoi du "Canto General" à plusieurs écrivains et traducteurs, parmi lesquels Vítězslav Nezval et Nazım Hikmet, et insiste sur la révision de la traduction du "Grand Océan", "le poème le plus difficile", à travers le travail d'Alice Ahrweiler (Alice Gascar), traductrice française du Canto General : "Je dis à Alice ce que j’ai toujours répété à tout le monde que son travail est très important et fantastique. Penser qu’elle a traduit cet immense livre en un an, mais qu’il faut le corriger…" Sa formule finale confirme surtout l'identité du surnom employé par Neruda : "Je vous embrasse tous avec chacune de mes petites pattes de fourmi." - L.A.S. "Pablo et Rosario", 25 avril 1952, Capri, Via Li Campi 5, 1 p. grand in-4, avec enveloppe à Jean Marcenac. Trois mois après avoir évoqué mystérieusement "Madame Rosario que je vois très souvent ici", Neruda signe désormais sa lettre avec Matilde : "Pablo et Rosario". La lettre possède par ailleurs un intéressant contenu littéraire. Neruda recommande chaleureusement Miguel Ángel ASTURIAS dont il célèbre "Monsieur le Président" : "superbe, seulement trop désespéré, trop noir", avant de lui opposer Jorge Luis BORGES "prototype de l'intellectuel recherché, snob, préciosiste, antipolitique", tout en reconnaissant son attitude antiperoniste. Mais la formule essentielle pour l'ensemble est : "Le Capitan a de nouveaux poèmes." Le recueil continue donc à s'enrichir à la fin d'avril. Quelques semaines plus tard paraîtront anonymement à Naples les 'Versos del Capitán', précédés d'une lettre attribuée à Rosario de la Cerda, destinée à préserver le secret sur l'identité de l'auteur et de la destinataire de ces poèmes amoureux. La présence des lettres de Delia confère à cet ensemble un double éclairage : parallèlement à la naissance de l'un des grands recueils amoureux de Neruda, elles donnent à entendre la voix de la compagne dont celui-ci dissimulait encore la liaison avec Matilde Urrutia. On y joint : - une C.P.A.S. de Delia à Andrée et Jean Marcenac, vœux pour l'année 1954 - un carton d'invitation à l'exposition des sculptures de Carlisky (1954) signé par Delia, avec enveloppe manuscrite - l'adresse de Pablo Neruda "Isla Negra" écrite par Délia dans une page d'agenda - une L.A.S. de Jean Marcenac à Pablo, Paris, 15 février 1955, 4 pp. grand in-4, belle lettre amicale et professionnelle. Marcenac évoque son projet de voyage en Amérique du Sud en 1955 et demande à Neruda de préparer avec Rojas les conditions de son séjour, prévoyant un cycle de conférences sur la poésie française, de Hugo à Éluard, et une conférence particulière sur Neruda. Il mentionne également le peintre argentin Antonio Berni et la possibilité d’une étape à Montevideo. La lettre s’achève par un salut chaleureux à Delia del Carril et à Neruda, témoignant d’une grande affection et de l’importance de ce voyage. - une photocopie d'une L.A.S. de Pablo Neruda au général bolivien Alfredo Ovando Candía (qui prit le pouvoir en Bolivie en septembre 1969), 3 pp. grand in-4 en espagnol, avec sa traduction manuscrite française. Il demande la libération de Régis Debray. - divers documents (c. 1970) adressés à Jean Marcenac autour de Pablo Neruda (invitations, conférences, inauguration, etc.)
Estimate:$3,356.97
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