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Hergé

  • FRA
  • 2016-11-19
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HERGÉ

TINTIN

ON A MARCHÉ SUR LA LUNE (T.17), CASTERMAN 1954

Planche originale n°59, prépubliée dans Le Journal de Tintin belge n° 49 du 9 décembre 1953.

Encre de Chine et gouache blanche sur papier

37 × 51 cm (14,57 × 20,08 in.)

Drôle de drame ! — Il ne manque pas de scènes dramatiques dans On a marché sur la Lune. Celle-ci en fait partie. La fusée construite par le professeur Tournesol a permis à Tintin et à ses compagnons de fouler le sol lunaire et d’y mener des investigations scientifiques. Elle effectue son voyage de retour. Cette équipée a déjà coûté la vie à deux personnes, dont les corps voguent désormais dans l’espace. Mais on n’est peut-être pas au bout du compte : les réserves d’oxygène sont épuisées, et l’engin fonce vers la Terre en pilotage automatique. À bord, tout le monde est peut-être mort ! C’est en raison de cet ultime suspense, particulièrement insoutenable, qu’Hergé prend garde de ne pas révéler ce qui se passe à l’intérieur de la fusée. Montrer Tintin à ce stade du récit serait tuer le suspense ! Privilégier l’incertitude c’est, au contraire, le maintenir. Pour rendre la situation haletante, Hergé a d’autres tours ans son sac : un montage cinématographique, avec alternance de cadrages et de points de vue, une extrême rigueur documentaire, ici focalisée sur les véhicules et sur le matériel d’incendie… Et puis, un ultime gag qui, s’il peut prêter à rire, ajoute un drame au drame : le croisement des trajectoires de la voiture et de la fusée en phase d’atterrissage !

Sans la moindre retouche — Publiée à l’origine dans Le Journal de Tintin numéro 49 (édition belge) du 9 décembre 1953, cette planche était la 114e sur les 117 qui y furent reproduites à partir du 30 mars 1950 sous le titre On a marché sur la Lune. La suite est connue : introduction de cases de grand format, ajout de l’une ou l’autre planche, suppression de séquences entières, ajustements divers… cet ensemble fut, par la suite, largement remanié par Hergé afin de donner naissance à deux albums distincts, comptant chacun 62 planches. Objectif Lune fut publié en octobre 1953 et On a marché sur la Lune l’année suivante. Devenue la planche 59 du second épisode, la planche du retour sur Terre n’a, pour sa part (et contrairement à beaucoup d’autres), subi aucune transformation.

Suspense garanti — Le souci du scénariste Hergé, à cet ultime moment crucial de son récit, était de prolonger le suspense qu’il avait mis en place. Tombés à court d’oxygène, Tintin et ses compagnons s’avéraient incapables de maintenir le contact radio avec la base durant cette phase particulièrement délicate de leur équipée. C’est évidemment la raison pour laquelle le dessinateur s’est fait un devoir, ici, de ne montrer ni le professeur Tournesol, chef de l’expédition, ni Tintin, ni le capitaine Haddock, ni messieurs Dupond et Dupont, ni même Milou… pas même évanouis ! Le lecteur doit rester jusqu’au bout dans l’incertitude quant à leur hypothétique survie. C’est là une tension insoutenable… qu’Hergé peut se permettre de maintenir, puisqu’on sait que, de toute manière, les héros ne peuvent mourir. Puisqu’il lui faut faire durer son plaisir (de faire peur), et prolonger ainsi celui du lecteur (à qui il ne déplait pas forcément d’avoir peur), Hergé a eu l’idée d’ajouter un suspense au suspense, un drame secondaire au drame principal. En scénariste aguerri, il a imaginé que la voiture de Monsieur Baxter, le directeur de la base, s’engage sur l’aire d’atterrissage de la fusée au moment précis où cette dernière arrivait à la verticale de son point de chute. L’alternance des plans et des points de vue, ainsi que l’attribution par Hergé de surfaces différentes aux cases, ou encore le recours a des focales variées dans les deux dernières, tout cela confère à la page une dimension quasiment cinématographique. Dès qu’il aura tourné la page, le lecteur de l’album retrouvera Baxter et son chauffeur, certes un peu « échauffés » par l’aventure, mais sains et saufs. Pour Tintin et pour les autres, il devra encore attendre un peu.

Documentation à double sens — L’aspect proprement documentaire revêt ici une dimension particulière. On n’ira pas jusqu’à prétendre que le paysage montagneux vu du ciel correspond trait pour trait à un site précis du massif des Carpates… ou des Zmyhlpathes. Mais d’autres éléments doivent retenir l’attention : la fusée et les véhicules terrestres. On ne compte plus le nombre de fois où Hergé et son collaborateur Bob De Moor ont eu à représenter la fameuse fusée à damier, sous tous les angles et dans toutes les positions. À chaque fois, ils ont eu à tracer un jeu d’ellipses parfaites, et à les inscrire dans l’une ou l’autre perspective linéaire. Le résultat force cette fois encore l’admiration. Montrée sous quatre angles différents, la voiture de Monsieur Baxter a demandé la même attention. Comme il se doit, il s’agit d’un modèle récent : une Ford Tudor Sedan de 1950 dénichée dans un numéro du Saturday Evening Post, dont les coloristes pousseront la conscience professionnelle jusqu’à reproduire la teinte de la carrosserie. Quant aux véhicules des pompiers, en attente ici mais en action à la page suivante, leur histoire mérite d’être contée également, tant elle fait d’Hergé, toujours soucieux de la crédibilité de ses créations, un modèle de rigueur. Il avait pris contact avec la Régie des Voies aériennes, se disant que pour décrire les installations et le matériel d’intervention en cas d’incendie d’une base spatiale, il convenait de se documenter sur ceux d’un aérodrome. En l’occurrence celui de l’Aérodrome National de Bruxelles. Ayant obtenu toutes les autorisations requises, il y avait envoyé un photographe de ses amis. Par ailleurs, le chef du Service Incendie de la Régie avait pris la peine de lui décrire le déroulement de la « chute » (dans tous les sens du terme) de son histoire, dialogues compris. Hergé n’aura eu qu’à changer quelques termes. Ce sont donc les véhicules d’intervention de l’aéroport national qui apparaissent aux dernières pages de On a marché sur la Lune. Le reportage a semblé si intéressant au directeur du service Exploitation de la Régie qu’il reprendra contact avec Hergé pour obtenir de sa part un jeu d’épreuves susceptible d’enrichir les archives de son service. Et voilà comment Hergé a documenté en retour ceux qui l’avaient documenté !

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