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Crown Hotel (Mona Lisa Black Background)
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Vue du présent lot dans l'exposition Jean-Michel Basquiat - New Works à la Galerie Bruno Bischofberger à Zurich, septembre-octobre 1982 © 2013 Galerie Bruno Bischofberger, Zurich Edouard Manet, Olympia, 1863, huile sur toile, 130,5 x 190 cm, Musée d'Orsay, Paris © D.R.\n\nJean-Michel Basquiat, Mona Lisa, Acrylique, crayon gras et papier collé sur toile, 1983, 169,5 x 154,5 cm © D.R.\nLa composition dense et éruptive de cette œuvre – organisée autour d’une monumentale figure féminine centrale cernée de têtes multiples, symboles, écritures, coups de brosse, éclats de couleurs sans rapports apparents – révèle un foisonnement de références visuelles et conceptuelles qui sont au cœur de l’esthétique de Jean-Michel Basquiat.\n\nDe prime abord, rien ne semble visuellement plus lointain de Crown Hotel (Mona Lisa Black Background) que La Joconde de Léonard de Vinci. Le choix du sujet lui-même a de quoi surprendre chez un artiste associé au Street Art. Pour autant, Léonard joue un rôle fondamental dans la formation d’autodidacte de Basquiat : la transposition de cette icône dans un nouvel univers esthétique permet à Basquiat de se confronter et de se mesurer à son mentor. Il ressort de ce choc des titans une œuvre d’une richesse et d’une complexité sans pareilles, puissante et cohérente.\n\nA l’âge de sept ans, victime d’un grave accident de voiture, Jean-Michel Basquiat se voit offrir par sa mère une copie du célèbre carnet Gray’s Anatomy ; tout au long de sa convalescence, l’ouvrage fascina le jeune garçon. Les dessins anatomiques de Léonard que Basquiat découvrit plus tard dans la monographie publiée par Reynal and Compagny en 1966, constituèrent l’extension artistique idéalisée de sa première appréhension du corps humain. En plus d’être la source de son éveil artistique, de l’inspirer et d’être une référence constante et durable au cours de sa carrière, ces dessins ont conduit Basquiat à étudier passionnément le Maître florentin.\n\nAu cours des années cruciales 1982-1983, les incursions de Léonard de Vinci sont fréquentes dans les toiles de Basquiat ; particulièrement obsédante,  La Joconde se retrouve dans Mona Lisa, 1983 ; Thesis, 1983 ; Boone, 1983.  Crown Hotel (Mona Lisa Background), 1982, s’impose quant à elle comme la première des œuvres les plus élaborées traitant du sujet : une telle concentration d’images visuellement très fortes, pétries de sens et d’idéologies, est exemplaire de la manière dont l’artiste allait dorénavant considérer et explorer le sujet.\nCes références à La Joconde n’ont que peu à voir avec la reprise désinvolte et quasi-blasphématoire qu’en fit Marcel Duchamp dans son œuvre fameuse L.H.O.O.Q où une moustache et une petite barbe affublent la reproduction de La Joconde dans le dérisoire format d’une carte postale. Elles ne sont pas davantage dans la tradition des citations qui se banalise dans la culture post- moderniste des années 1980 et dont on peut trouver un exemple dans le cycle de Mona Lisa Cycle (1978-1983) qu’Andy Warhol réalise à la même époque.\n\nMarc Miller : Qu’en est-il de Leonard de Vinci… vous faites souvent référence à Léonard de Vinci dans cette exposition à la Fun Gallery.\nJean-Michel Basquiat : (…) C’est mon artiste préféré, vous savez ?\nMM : Et donc vous le citez fréquemment…\nJMB : Non, je ne le cite pas.\nMM : Alors, quel est le lien entre le titre et l’œuvre ?\nJBM : Esthétique.\nMM : Esthétique ? C’est-à-dire… dans lequel de ces aspects ? Léonard est connu pour ses compositions soigneusement équilibrées et le raffinement de ses teintes.\nJMB : Non, elles sont encore plus belles  quand elles ont pris l’eau.\n(Jean-Michel Basquiat : Un Entretien)\n\nLe refus de Basquiat d’user de la citation directe témoigne d’une relation beaucoup plus profonde avec l’art classique qu’incarne à elle seule La Joconde. La manière dont Basquiat comprend et capte le passé passe par un processus de désintégration de l’image qui ne participe pas d’une intention iconoclaste, mais qui a pour objet l’assimilation et l’intégration d’un idéal archétypal de perfection dans son propre univers personnel où foisonnent les références et les résonnances idéologiques.\nAlors qu’il est le premier artiste noir à connaître une ascension et un succès international fulgurants (en 1982, à seulement vingt-deux ans, il est le plus jeune invité de la Documenta de Kassel), Basquiat a conscience du caractère sinon problématique du moins ambigu de la place qu’il occupe par rapport à la culture noire à laquelle sont déniés le droit à un passé, à l’histoire et la possibilité de revendiquer un idéal auquel s’identifier : « Pour Basquiat, la Mona Lisa de Léonard de Vinci, incarnation du beau, est la figure par excellence où s’incarnent les traditions de l’histoire de l’art dont le définition et le canon subséquent sont indiciblement de type racial, culturellement exclusifs ; en conséquence, la Mona Lisa symbolise pour Basquiat la grande tradition de l’art qu’avec ironie, il cherche à démanteler et à pénétrer via sa propre contribution à l’art » (J.E.Braziel, Artist, Performers, and Black Masculinity in the Haitian Diaspora, Bloomington, 2008, p.178).\n\nAinsi, tandis que dans La Joconde, le paysage à l’arrière-plan est le reflet de la beauté idéale, platonique et mystérieuse de Mona Lisa, ce qui caractérise la Mona Lisa de Basquiat est le fond noir (Black Background) conçu non seulement comme l’espace où se dresse le portrait mais comme un environnement dense et puissant valable en tant que tel.\nDans la toile de Basquiat, l’idéal léonardesque de beauté platonique se dissout dans une figure féminine centrale, diaphane presque phosphorescente, dépourvue de consistance réelle, sinon une outrancière identité sexuelle qui l’oppose délibérément à l’ambiguïté sexuelle cultivée dans le portrait de Léonard.\nL’usage récurrent de la couleur blanche à plusieurs endroits de la composition accentue par ailleurs  le choc des deux cultures tandis que le châssis peint en blanc, volontairement apparent, se dresse au-delà de la toile comme un support métaphorique au noir intense de l’arrière-plan.\nDans Crown Hotel, à gauche de la figure frontale, la référence directe à l’Olympia de Manet (un autre sujet qu’aborde Basquiat dans ses œuvres de 1982, dans Three quarters of Olympia minus the Servant par exemple ou dans Untitled (Detail of Maid from Olympia)) procède non seulement de la volonté affirmée et vaillante de doter la culture noire d’un visage autre que celui de l’esclave véhiculé par la tradition occidentale, mais de révéler qui plus est l’héroïsme de la servante noire, signalé et symbolisé par une superbe couronne d’or qui domine l’ensemble de la composition.\nAinsi, l’archétype idéal de beauté de Mona Lisa se métamorphose pour s’incarner dans une Olympia moderne, une prostituée, femme sans condition mais non sans dignité, reçue dans l’imaginaire Crown Hotel où vivrait la femme noire.\nInversement, la perfection platonique représentée par Mona Lisa dont la beauté en tant que telle n’a pas sa place dans l’œuvre de Basquiat, trouve un contrepoint dans les têtes grotesques peintes à gauche de la toile où Basquiat montre la réalité de la physionomie humaine : outrés, déformés, voire caricaturés, les traits révèlent les travers de la nature. Ces têtes de caractères qui se retrouvent fréquemment dans l’œuvre de Léonard inspirent à Basquiat plusieurs œuvres sur papier ; dans au moins une des ces œuvres, (Untitled, Leonardo and his five grotesque heads, 1983), la référence au Maître est explicite.\nIl n’est pas inutile de recourir à la musique, dont le rôle est essentiel dans la vie de Basquiat, pour y trouver une source d’indices permettant d’interpréter ses œuvres dont la trame narrative, très dense, est particulièrement allusive. Ainsi, avant même le début de sa carrière artistique, la musique révèle l’impact qu’eut La Joconde de Léonard sur l’œuvre de Basquiat : « Pendant une de ses performances au Mudd Club à la fin des années 1970, Basquiat récita un poème au rythme d’une mélodie qui évoquait la figure de la Mona Lisa de Léonard de Vinci ; il poursuivit en reprenant  « Mona Lisa », une ballade de jazz écrite par Ray Evans et Jay Livingstone, popularisée par Nat King Kole en 1950 :\nMona Lisa, Mona Lisa\nMen have named you\nA second-class citizen\nTea-stained brown\nWith missing pages\nIf shown the motor\nEach man would use\nTwo hundred pounds of effort\nDenied the logic of\nPrimitive cartoon. »\n(J.E.Braziel, Artist, Performers, and Black Masculinity in the Haitian Diaspora, Bloomington, 2008, p. 181).\nLa complexité et la richesse sémantiques de Crown Hotel (Mona Lisa Black Background) défient toute tentative de décrypter de manière exhaustive la signification de cette toile, laissant la voie ouverte à d’infinies interprétations. Cette œuvre exprime de manière exceptionnelle la puissance créative de Basquiat et la diversité de ses ressources artistiques. Elle est en outre une œuvre où le concept et sa formulation fusionnent et s’équilibrent parfaitement. Crown Hotel (Mona Lisa Black Background) s’impose comme une réussite artistique précoce dans laquelle le génie de l’expression, la conscience idéologique et l’autobiographie s’unifient en un puissant et iconique chef d’œuvre.\nSigné, titré et daté 1982 au dos
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medium

Acrylique et collage de papier sur toile montée sur chassis en croix

creator

Jean-Michel Basquiat

condition

Colours are accurate in the catalogue illustration although the image does not convey the richness and texture of the original work. The work is executed on its original canvas and tied wood supports. Due to the artist process, the surface is slightly wavy. Under UV light inspection, there is no evidence of any retouching. This work is in excellent condition. "In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue. NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."

dimensions

124 x 216 cm; 48 13/16 x 85 in.

exhibition

Zurich, Galerie Bruno Bischofberger, Jean-Michel Basquiat, 11 septembre-9 octobre 1982 Pully-Lausanne, FAE Musée d'Art Contemporain, Jean-Michel Basquiat, 10 juillet-7 novembre 1993; catalogue, p.44

literature

Richard D. Marshall, Jean-Michel Basquiat, catalogue d'exposition au Whitney Museum of American Art, New York, 1992-1993, p.241, illustré Richard D. Marshall, Jean-Louis Prat, Jean-Michel Basquiat, Paris, Galerie Enrico Navarra, 1996, vol II., p.82,  no.7, illustré en couleurs Richard D. Marshall, Jean-Louis Prat, Jean-Michel Basquiat, Paris, Galerie Enrico Navarra, 2000, vol II., p.130, no.7, illustré en couleurs Leonhard Emmerling, Basquiat, Cologne, 2003, p.55, illustré en couleurs Véronique Béghain, Quand Olympia rencontre Washington : re-cadrages américains de Leutze et de Manet, in Cadres et limites dans les sociétés, les littératures et les arts en Amérique du Nord, Pessac, 2007, p.145 Diego Cortez, Glenn O'Brien, Gerard Basquiat et Franklin Sirmans, Jean-Michel Basquiat: 1981, the Studio of the Street, New York, 2007, p.243 Jana Evans Braziel, Artists, Performers, and Black Masculinity in the Haitian Diaspora, Bloomington, 2008, p.178

provenance

Galerie Bruno Bischofberger, Zurich Asher Edelman, New York Mary Boone Gallery, New York Acquis auprès de celle-ci en mai 1999 par la propriétaire actuelle

signedDate

Signé, titré et daté 1982 au dos

consignmentDesignation

Collection de la Comtesse Viviane de Witt

creator_nationality_dates

1960 - 1988


*Note: The price is not recalculated to the current value. It refers to the actual final price at the time the item was sold.

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